Il fut un temps (pas si lointain) où vendre en B2B se résumait à rencontrer une ou deux personnes clés. Un utilisateur prescripteur, parfois un décideur hiérarchique, et l’affaire avançait.
Ce temps est révolu.
Aujourd’hui, la complexité des offres, la technicité des solutions, les enjeux financiers, juridiques et organisationnels, et surtout l’évolution des processus d’achat ont profondément transformé la donne.On ne vend plus à quelqu’un. On vend à une organisation.
Utilisateur, acheteur, décideur, sponsor interne...Et de plus en plus souvent : DSI, juridique, finance, sécurité, achats. Pas parce qu’ils veulent compliquer la vie des commerciaux, mais parce que le prospect cherche avant tout à se sécuriser.
Cette transformation impose un changement radical de posture commerciale :
- Comprendre qui décide, comment, selon quels critères,
- et surtout piloter l’ensemble comme un projet.
Cartographier les parties prenantes : une étape indispensable
Dans une vente multi-interlocuteurs, ne pas savoir à qui l’on parle vraiment est la première cause d’échec. On croit souvent connaître son client parce qu’on échange régulièrement avec un interlocuteur “central”.Mais cet interlocuteur n’est qu’une porte d’entrée, rarement le système décisionnel à lui seul.
Ce qu’il faut réellement cartographier
Cartographier, ce n’est pas faire un joli organigramme pour se rassurer.
C’est identifier :
- Les rôles réels : utilisateur, prescripteur, décideur, financeur, bloqueur potentiel
- Les attentes propres à chacun (souvent contradictoires)
- Le pouvoir d’influence (formel et informel)
- Les risques perçus par chaque partie prenante
Un DSI ne regarde pas votre solution comme un utilisateur métier. Un acheteur ne raisonne pas comme un sponsor opérationnel. Et un juridique ne “bloque” pas : il protège l’organisation.
Erreur classique
- Parler valeur métier à tout le monde.
- Ou pire : vendre “la même chose” à tous.
Dans une vente BtoB multi-interlocuteurs, le message ne doit pas être uniforme, mais cohérent.

Agir comme chef de projet : coordonner, synchroniser, faire avancer
Une fois les parties prenantes identifiées, une autre réalité s’impose : personne ne coordonne le processus d’achat côté client.
Et si le commercial ne le fait pas, personne ne le fera à sa place.
Le commercial n’est plus un vendeur, il devient un chef de projet transverse
Concrètement, cela signifie :
- Structurer un plan d’actions clair
- Donner un rythme aux échanges
- Synchroniser les interlocuteurs côté client
- Aligner les équipes internes (avant-vente, technique, direction, juridique...)
La vente multi-interlocuteurs n’avance pas par persuasion, mais par orchestration.
Un double pilotage indispensable
- Vers le client
- Clarifier les prochaines étapes
- Faire converger les points de vue
- Réduire l’incertitude à chaque interaction
- En interne
- Éviter les réponses isolées ou contradictoires
- Anticiper les points sensibles (sécurité, intégration, conformité)
- Mobiliser les bons experts au bon moment
- La vente devient un travail d’équipe.
- Et le commercial en est le chef d’orchestre.
Le processus commercial : le fil conducteur (et le garde-fou)
Quand les interlocuteurs se multiplient, l’improvisation devient un risque majeur.
C’est là que le processus commercial prend toute sa valeur. Pas comme une contrainte administrative. Mais comme un référentiel commun de pilotage.
Un bon processus n’est pas linéaire, il est structurant
Chaque étape doit intégrer :
- Un engagement client clair
(un accord, une validation, une décision partagée) - Des critères de sortie explicites
(ce qui permet objectivement de passer à l’étape suivante)
Sans cela, on accumule des rendez-vous... sans progression réelle.
Pour ens avoir plus, voir notre article sur Engagement client et critères d'exit : clés d'un processus commercial efficace en vente complexe
Ce que permet un vrai processus en vente multi-interlocuteurs
- Vérifier que toutes les parties prenantes critiques sont engagées
- Identifier les zones de flou avant qu’elles ne deviennent des blocages
- Piloter la vente comme un projet à jalons
- Créer un langage commun entre commerce, avant-vente et direction
Et surtout : éviter l’illusion d’avancement.
Conclusion
La vente multi-interlocuteurs n’est ni une mode, ni une contrainte passagère.
C’est la norme dès lors que les enjeux deviennent sérieux.
Elle impose :
- une compréhension fine des organisations clientes,
- une posture de pilotage,
- et un processus structuré, orienté engagement.
Ceux qui continuent à vendre comme avant parleront de cycles de vente trop longs.
Les autres auront compris que la vente n’est plus un sport individuel, mais un sport d’équipe.
Et comme dans tout sport collectif, ce n’est pas le plus bavard qui gagne,
mais celui qui sait faire jouer les autres dans le même sens.