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Open data en santé : la France possède une mine d’or que peu d’entreprises savent réellement exploiter

Photo de Romuald Par Romuald lundi 6 juillet 2026 • 0 min de lecture
Open data en santé : la France possède une mine d’or que peu d’entreprises savent réellement exploiter

La France dispose probablement de l’un des patrimoines de données publiques les plus riches d’Europe. Ce constat n’a rien d’une formule de circonstance : en 2025, le pays a de nouveau été classé en tête en matière de maturité open data au niveau européen, pour la cinquième année consécutive. Cette position résulte d’une politique d’ouverture engagée depuis plusieurs décennies, progressivement renforcée par le droit à la réutilisation des informations publiques, la création de data.gouv.fr et, plus récemment, le principe d’ouverture des données publiques par défaut.

Dans le secteur de la santé, cette richesse prend une dimension particulière. Peu de marchés offrent un tel niveau d’information publique sur les établissements, les professionnels, les activités de soins, les autorisations, les dépenses, les pathologies, les prescriptions, les capacités hospitalières ou encore les dynamiques territoriales. Le répertoire FINESS permet d’identifier les structures sanitaires, sociales et médico-sociales. Le RPPS référence les professionnels intervenant dans le système de santé. L’ATIH collecte, analyse et restitue des données relatives à l’activité hospitalière. L’Assurance Maladie publie des jeux portant sur les dépenses, les pathologies, les médicaments ou les prescriptions hospitalières délivrées en ville. À cela s’ajoutent les données de la DREES, de Santé publique France et de nombreux autres producteurs publics.

Pour une entreprise qui commercialise des solutions auprès des hôpitaux, cliniques, établissements médico-sociaux, professionnels de santé ou acteurs institutionnels, cet ensemble constitue une matière première exceptionnelle. Il devient théoriquement possible de mieux décrire son marché, d’identifier les acteurs présents sur un territoire, d’estimer des potentiels, de segmenter des établissements, de repérer des concentrations d’activité, de rapprocher une offre commerciale d’une réalité sanitaire locale et, finalement, de mieux orienter l’effort de vente.

Le mot important est toutefois « théoriquement ».

Car disposer de données ouvertes ne signifie pas disposer de données immédiatement exploitables. Entre la publication d’un fichier par une administration et son utilisation quotidienne par une direction commerciale, il existe une chaîne de transformation longue, technique et souvent sous-estimée. Il faut identifier les bonnes sources, comprendre leur périmètre, télécharger ou interroger les données, interpréter les nomenclatures, distinguer les niveaux juridiques et géographiques, gérer les changements de structure, rapprocher plusieurs référentiels, corriger les écarts, traiter les doublons, maintenir les mises à jour et, enfin, réconcilier l’ensemble avec les données du CRM.

C’est précisément dans cet écart entre abondance et exploitabilité que se situe aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de l’open data en santé.

La France a construit, par étapes, un patrimoine de données publiques particulièrement riche

D’un droit d’accès aux documents administratifs à l’ouverture par défaut

L’histoire française de l’open data ne commence pas avec les API, les plateformes de datavisualisation ou les fichiers CSV. Elle s’inscrit dans une évolution beaucoup plus ancienne de la relation entre l’administration et l’information publique.

La loi du 17 juillet 1978, dite « loi CADA », constitue un premier jalon structurant en créant un droit d’accès aux documents administratifs. En 2005, la transposition de la directive européenne sur les informations du secteur public renforce le droit à la réutilisation de l’information publique. La création d’Etalab en 2011 puis le développement de la plateforme nationale data.gouv.fr donnent ensuite une infrastructure et une visibilité nouvelles à cette politique. Enfin, la loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique marque un changement d’échelle en renforçant la logique d’ouverture et de réutilisation des données publiques. La chronologie juridique publiée par data.gouv.fr permet de mesurer cette progression sur près d’un demi-siècle.

Cette histoire est importante pour comprendre la situation actuelle. La richesse française en matière d’open data n’est pas le produit d’une initiative isolée ou d’une mode récente. Elle résulte d’une construction institutionnelle progressive, qui a fait évoluer la donnée publique d’un document accessible sur demande vers une ressource susceptible d’être publiée, téléchargée, transformée et réutilisée.

Le secteur de la santé a naturellement suivi cette évolution, avec une difficulté supplémentaire : toutes les données de santé ne peuvent évidemment pas être ouvertes. Il convient ici d’éviter une confusion fréquente. L’open data en santé concerne des données publiées sous des formes compatibles avec leur diffusion et leur réutilisation. À côté de cet univers existent des données beaucoup plus sensibles, notamment celles relevant du Système national des données de santé, dont l’accès répond à des conditions spécifiques de sécurité, de finalité et d’autorisation. L’Assurance Maladie distingue d’ailleurs explicitement plusieurs modalités d’accès au SNDS : données en open data, accès permanents ou accès sur projet.

Cette distinction n’enlève rien à la profondeur du patrimoine ouvert. Pour une entreprise qui cherche à comprendre commercialement le marché français de la santé, les données disponibles publiquement sont déjà considérables.

FINESS : comprendre la structure des établissements et du système de soins

Le premier référentiel auquel pensent de nombreux acteurs est le répertoire FINESS sur data.gouv.fr. Il recense les établissements relevant des domaines sanitaire, social et médico-social. On y trouve notamment des informations relatives à l’identité des structures, leur localisation, leur catégorie, leur statut et différents éléments utiles à la compréhension de leur position dans l’écosystème.

Pour une équipe commerciale, la valeur potentielle est immédiate. Une entreprise qui vend aux établissements de santé peut utiliser FINESS pour améliorer la couverture de son marché, identifier des structures absentes de son CRM, distinguer différents types d’établissements ou construire une première segmentation territoriale. Les données FINESS sur les autorisations d’activités de soins ajoutent une profondeur supplémentaire : deux établissements géographiquement proches et apparemment comparables peuvent présenter des profils d’activité très différents.

FINESS illustre également parfaitement les difficultés que nous examinerons plus loin. Le référentiel distingue notamment des entités juridiques et des établissements géographiques. Cette distinction est fondamentale pour comprendre un compte commercial. Le lieu où une activité est exercée, l’entité qui porte juridiquement la structure, le groupe auquel celle-ci appartient et le niveau auquel se prend une décision d’achat ne se confondent pas nécessairement. Une base techniquement exacte peut donc rester commercialement trompeuse si elle est interprétée sans connaissance métier.

Cette question est d’autant plus actuelle qu’une nouvelle version de FINESS est annoncée pour l’été 2026. La page officielle du jeu historique précise que le flux existant cessera alors d’être mis à jour et qu’un nouveau flux intégrera de nouveaux concepts métiers. Cet exemple montre qu’un pipeline d’enrichissement ne peut pas être considéré comme définitivement acquis : les sources, les modèles et les modalités d’exposition évoluent.

RPPS et Annuaire Santé : cartographier les professionnels et leurs environnements d’exercice

Le Répertoire partagé des professionnels intervenant dans le système de santé — RPPS constitue un autre actif majeur. Présenté par l’Agence du Numérique en Santé comme le répertoire unique de référence permettant d’identifier les professionnels, il s’inscrit dans l’Annuaire Santé, qui agrège plusieurs répertoires de référence, dont le RPPS et FINESS.

Pour certaines entreprises, notamment dans la medtech, les services aux professionnels, les solutions numériques ou les activités nécessitant une approche par spécialité médicale, ces données permettent d’aller bien au-delà d’un simple comptage d’établissements. Elles peuvent contribuer à comprendre la densité de professionnels sur un territoire, la présence de certaines spécialités, les environnements d’exercice et, sous réserve des champs disponibles et des règles applicables, la relation entre professionnels et structures.

L’intérêt commercial ne réside pas seulement dans la capacité à trouver davantage de contacts. Une lecture territoriale permet surtout d’appréhender la structure réelle d’un marché. Une zone comportant trois établissements importants mais peu de professionnels d’une spécialité donnée ne présente pas le même potentiel qu’un territoire où l’activité est fortement concentrée autour de plusieurs pôles. Pour certaines offres, la densité professionnelle est un meilleur indicateur de potentiel que le nombre brut d’établissements.

ATIH et PMSI : approcher l’activité hospitalière plutôt que la seule existence des structures

L’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation occupe une place centrale dans l’écosystème français de la donnée hospitalière. Elle collecte, analyse et restitue des informations relatives notamment au PMSI et à l’activité des établissements. La plateforme e-PMSI est elle-même conçue pour le recueil et l’analyse d’informations hospitalières couvrant différents champs.

Pour une entreprise B2B, cette dimension change profondément la manière de segmenter un marché. Connaître l’existence d’un hôpital est utile. Comprendre son activité est beaucoup plus puissant.

Prenons le cas d’une société commercialisant un dispositif, un logiciel ou un service destiné à une spécialité clinique précise. Une segmentation fondée uniquement sur le statut de l’établissement, son nombre de lits ou sa catégorie administrative peut produire une vision très approximative du marché. Deux centres hospitaliers de taille comparable peuvent avoir des volumes, des spécialisations, des autorisations et des positionnements territoriaux très différents. Dès lors que les données disponibles permettent d’approcher cette réalité, la segmentation commerciale peut progressivement quitter une logique générique pour intégrer des indicateurs beaucoup plus proches du besoin potentiel.

Assurance Maladie : pathologies, dépenses, médicaments et consommation de soins

L’espace open data de l’Assurance Maladie constitue une autre source majeure. Il met à disposition des données sur les pathologies et les dépenses, les médicaments, les remboursements ou différentes composantes de la consommation de soins. La cartographie des pathologies couvre une soixantaine de pathologies, traitements chroniques et épisodes de soins identifiables dans le SNDS.

Parmi les ressources disponibles, Open Medic permet d’étudier les dépenses annuelles de médicaments et les volumes délivrés selon plusieurs dimensions. Open Damir porte sur les remboursements de soins. Open PHMEV documente les prescriptions hospitalières de médicaments délivrés en ville. Les données relatives aux dépenses remboursées par pathologie offrent encore un autre niveau de lecture.

Pour une direction commerciale, ces données peuvent contribuer à qualifier un marché d’une manière beaucoup plus fine qu’une segmentation traditionnelle. Elles permettent, selon les cas d’usage, d’observer des différences territoriales, des concentrations de patients, des dynamiques de dépenses ou des structures de consommation. Elles ne disent pas directement « à qui vendre demain matin », et c’est précisément là toute la différence entre une donnée statistique et une donnée commercialement actionnable. Elles peuvent néanmoins constituer des signaux puissants lorsqu’elles sont correctement rapprochées d’un portefeuille de comptes et d’un territoire commercial.

DREES, Santé publique France et les autres briques du patrimoine public

La liste ne s’arrête évidemment pas à ces grands référentiels. L’espace open data du SNDS renvoie notamment vers Data.Drees, qui propose des tableaux dynamiques sur la santé et la protection sociale. Santé publique France diffuse de nombreux indicateurs sanitaires et a elle-même documenté les enjeux et difficultés liés à leur mise en open data. Son portail Odissé est passé de 300 indicateurs à son ouverture à plus de 900 en 2023, ce qui donne une idée de l’ampleur croissante des ressources mobilisables.

À ces sources s’ajoutent des données démographiques, territoriales, économiques ou géographiques qui ne sont pas spécifiquement sanitaires mais deviennent très utiles lorsqu’elles sont croisées avec les données de santé. Une analyse de territoire peut ainsi intégrer la population, l’âge, la densité, l’accessibilité, les découpages administratifs, la présence d’établissements, les spécialités médicales ou certains indicateurs de consommation de soins.

C’est ici que l’open data prend tout son sens pour le développement commercial. Sa valeur ne réside généralement pas dans un fichier isolé. Elle apparaît dans le croisement de plusieurs sources autour d’une question métier.

Une abondance de données ne crée pas spontanément une information exploitable

Le premier obstacle est moins l’accès que la découverte de la bonne donnée

L’image d’une donnée ouverte que l’on téléchargerait en quelques clics avant de l’importer dans un CRM correspond rarement à la réalité des projets sérieux. Dans la santé, une même question commerciale peut nécessiter plusieurs sources produites par des organismes différents, selon des calendriers distincts et avec des niveaux de granularité qui ne se superposent pas naturellement.

Supposons qu’une entreprise cherche à évaluer le potentiel commercial d’une offre destinée à une activité hospitalière particulière. Elle peut avoir besoin d’identifier les établissements concernés, de comprendre leur catégorie, de connaître leurs autorisations, d’approcher leur activité, de les rattacher à une structure juridique ou à un groupe, de mesurer la densité de professionnels spécialisés autour d’eux, puis de rapprocher l’ensemble de ses comptes et opportunités CRM.

Aucun fichier unique ne répond à cette question.

La difficulté consiste donc à construire une chaîne de preuves. Quelle source permet d’identifier les établissements ? Quelle autre décrit l’activité ? À quel niveau géographique ? Pour quelle année ? Avec quelle définition ? Les catégories sont-elles comparables ? Un établissement absent signifie-t-il qu’il n’existe pas, qu’il a fermé, qu’il a changé d’identifiant, qu’il relève d’un autre périmètre ou simplement que la source ne le couvre pas ?

Ce travail de qualification est rarement visible dans le résultat final. Il représente pourtant une part importante de l’effort.

Les producteurs, les formats et les modes de diffusion restent hétérogènes

La France possède un écosystème open data mature, mais cet écosystème reste distribué. Les données sont publiées sur data.gouv.fr, sur les sites des producteurs, dans des plateformes thématiques, sous forme de fichiers téléchargeables, d’API, de tableaux dynamiques, de portails de datavisualisation ou de ressources documentaires.

Cette diversité est logique. Les données n’ont pas été produites pour répondre à un même usage. FINESS répond à des besoins de référencement d’organisations. Le RPPS identifie des professionnels. Les données de l’ATIH répondent à des finalités liées à l’information hospitalière. Les bases de l’Assurance Maladie décrivent d’autres dimensions du système. Chacune possède son histoire, ses concepts et ses contraintes.

Le réutilisateur doit donc assumer lui-même une partie du travail d’intégration.

Le sujet n’est pas purement technique. Un CSV peut être simple à ouvrir et très difficile à comprendre. Une API peut être facile à interroger et complexe à maintenir. Une documentation peut être exhaustive mais exiger une connaissance approfondie du secteur. La littérature consacrée aux données de santé françaises souligne d’ailleurs que leur accès et leur utilisation nécessitent des moyens techniques et méthodologiques importants.

La santé est un univers de nomenclatures avant d’être un univers de fichiers

C’est probablement l’un des points les plus sous-estimés par les entreprises qui abordent l’open data pour la première fois. Exploiter des données de santé suppose de comprendre des nomenclatures, des catégories administratives, des référentiels et des identifiants dont la signification métier est déterminante.

Un numéro FINESS juridique n’est pas un numéro FINESS géographique. Un site d’exploitation n’est pas nécessairement le niveau auquel se décide un achat. Une catégorie d’établissement ne décrit pas à elle seule son activité réelle. Une autorisation de soins ne signifie pas nécessairement qu’un volume important d’activité est réalisé. Un professionnel référencé dans un annuaire ne constitue pas automatiquement un interlocuteur commercial pertinent. Un indicateur départemental ne peut pas être mécaniquement affecté à chaque établissement du département.

Ces distinctions peuvent paraître évidentes à un spécialiste. Elles le sont beaucoup moins dans une chaîne de traitement automatisée.

Une erreur de compréhension du modèle de données produit rarement un message d’alerte. Le fichier se charge correctement. La jointure s’exécute. Le tableau de bord affiche des chiffres. C’est précisément ce qui rend le problème dangereux : une donnée techniquement propre peut conduire à une interprétation commercialement fausse.

Les identifiants ne suffisent pas toujours à reconstituer la réalité économique d’un compte

Pour une équipe commerciale, la notion de « compte » est souvent plus complexe que la notion administrative d’établissement.

Prenons un groupe de cliniques privées. Le CRM peut contenir le nom du groupe national, plusieurs filiales régionales, des établissements locaux, quelques anciens noms commerciaux et parfois des doublons créés au fil des années par différents commerciaux. Le référentiel public, de son côté, décrit des entités selon sa propre logique juridique et géographique.

La question devient alors : quelle est l’unité commerciale pertinente ?

Faut-il rattacher l’opportunité au site ? À l’entité juridique ? Au groupe ? À la centrale d’achat ? À la direction régionale ? La réponse dépend du produit vendu, de l’organisation du client et du processus de décision.

L’open data peut considérablement améliorer la connaissance du marché, mais il ne remplace pas la modélisation commerciale. Il faut construire des liens entre la réalité administrative, la réalité opérationnelle et la réalité décisionnelle. Dans la santé, ces trois niveaux se recouvrent imparfaitement.

Les données évoluent, parfois plus vite que les modèles construits pour les exploiter

Un projet d’enrichissement n’est pas terminé le jour où le premier import fonctionne. Les établissements ouvrent, ferment, fusionnent, changent de catégorie ou de rattachement. Les professionnels évoluent. Les nomenclatures sont mises à jour. Les producteurs modifient leurs flux. Les millésimes se succèdent.

Le cas de FINESS en 2026 est particulièrement éclairant. Le jeu historique annonce explicitement l’arrêt de ses mises à jour à l’été 2026 au profit d’un nouveau flux intégrant de nouveaux concepts métiers. Une entreprise ayant construit une chaîne d’enrichissement figée autour de l’ancien modèle doit donc anticiper cette transition.

Cette maintenance représente un coût réel. Il faut surveiller les publications, détecter les changements de schéma, tester les ruptures, historiser les données et vérifier que les règles de rapprochement restent valides. Une direction commerciale qui souhaite disposer d’une segmentation à jour ne peut pas raisonnablement considérer l’open data comme un import ponctuel réalisé une fois pour toutes.

La qualité ne se résume pas à l’exactitude d’un champ

Les débats sur la qualité des données sont souvent réduits aux erreurs : adresse incorrecte, valeur manquante, doublon. Dans les usages commerciaux, la qualité est plus large. Une donnée peut être exacte mais trop ancienne. Exacte mais disponible à une granularité inadéquate. Exacte mais impossible à rapprocher du CRM. Exacte mais fondée sur une définition différente de celle utilisée par l’entreprise.

Les travaux publics récents sur le patrimoine national des données de santé insistent précisément sur les enjeux de qualité, de documentation, de standardisation et d’interopérabilité. La stratégie nationale publiée en 2024 rappelle l’ampleur du patrimoine français tout en inscrivant sa valorisation dans une logique de structuration et d’amélioration continue. Les initiatives de standardisation du SNDS vers OMOP illustrent également l’effort nécessaire pour rendre des données hétérogènes plus comparables et réutilisables.

Même Santé publique France, pourtant producteur institutionnel majeur, a consacré un retour d’expérience spécifique au « défi de l’open data », en décrivant les outils, enjeux et difficultés rencontrés pour rendre ses indicateurs accessibles et exploitables. Ce point mérite d’être souligné : si la publication de données exige déjà des efforts importants du côté des producteurs, leur transformation en intelligence métier exige à son tour un travail conséquent du côté des réutilisateurs.

Le croisement avec le CRM constitue souvent le véritable point de rupture

Pour une entreprise, l’objectif final n’est généralement pas de produire un nouveau fichier open data. Il est d’améliorer une décision commerciale.

C’est à ce stade que les difficultés s’accumulent. Le CRM contient « CHU Rennes », la source publique utilise une raison sociale officielle. Un commercial a créé « Clinique X », un autre « Groupe Y – Clinique X ». Une structure possède plusieurs sites. Une adresse a changé. Un compte a été créé sans SIREN ni FINESS. Le CRM contient des comptes historiques fermés et ne contient pas certains établissements ouverts récemment.

Il faut alors effectuer un travail de rapprochement qui combine identifiants déterministes, normalisation des noms, adresses, codes géographiques, règles métier et contrôles humains. Plus le CRM est ancien, plus les pratiques de saisie ont varié, et plus cette réconciliation devient délicate.

Cette étape est décisive, car une erreur de matching contamine ensuite toute l’analyse. Attribuer l’activité d’un établissement au mauvais compte, fusionner deux structures distinctes ou créer artificiellement des doublons peut fausser le potentiel calculé, la segmentation et la priorisation commerciale.

Le paradoxe de l’open data en santé apparaît alors clairement. La France met à disposition une quantité exceptionnelle d’informations. Mais leur valeur économique n’apparaît qu’après un travail important de compréhension, de transformation, de rapprochement et de maintenance.

Faire entrer l’open data dans le territory plan : l’approche d’Instedge

C’est à partir de ce constat qu’Instedge a développé son approche des territory plans dans le secteur de la santé.

Le point de départ reste le CRM. Une entreprise possède déjà une partie de son intelligence commerciale : comptes, contacts, opportunités, activités, historique des échanges, clients existants, prospects, montants, étapes de vente. Cette information est précieuse. Elle décrit cependant principalement ce que l’entreprise connaît déjà et ce qu’elle a pris le temps d’enregistrer.

Or un territoire commercial ne se limite jamais au contenu du CRM.

Un commercial peut disposer d’un portefeuille de 150 comptes et travailler sur un territoire comprenant 400 organisations potentiellement pertinentes. Si les 250 autres ne sont pas référencées, le CRM ne montre pas un marché : il montre la partie connue du marché. Cette distinction est essentielle dans la santé, où la densité des structures, les rattachements juridiques, les spécialisations, les autorisations et les dynamiques locales rendent les territoires particulièrement difficiles à appréhender.

Instedge cartographie d’abord les données du CRM pour les transformer en territory plans actionnables. Les comptes, clients, prospects, opportunités et autres objets utiles sont replacés dans une lecture territoriale afin de permettre aux équipes commerciales de visualiser leur présence, leur couverture, leurs concentrations, leurs zones blanches et leurs priorités.

Mais cette première couche ne suffit pas.

L’approche consiste ensuite à enrichir cette représentation avec des données externes, notamment issues de l’open data, afin de rapprocher le territoire commercial du marché réel. Selon le cas d’usage, cela peut signifier identifier des établissements absents du CRM, compléter des comptes existants avec des identifiants de référence, distinguer les entités juridiques des implantations géographiques, intégrer des caractéristiques d’établissements, prendre en compte des autorisations d’activités de soins ou mobiliser d’autres indicateurs pertinents pour la segmentation.

L’objectif n’est pas d’accumuler des colonnes supplémentaires dans le CRM. Une donnée n’a de valeur commerciale que si elle améliore une décision.

Rechercher l’exhaustivité du CRM plutôt que se satisfaire de sa complétude

La distinction entre complétude et exhaustivité est fondamentale.

Un CRM peut être très complet sur les comptes qu’il contient : adresses renseignées, contacts identifiés, secteurs correctement saisis, opportunités documentées. Il peut néanmoins être très incomplet par rapport au marché réel si une partie significative des organisations cibles n’y figure pas.

Pour une direction commerciale, ce défaut est difficile à détecter depuis le CRM lui-même. Par définition, un système sait difficilement signaler ce qu’il ne contient pas.

L’open data permet de renverser la perspective. Au lieu de demander uniquement « quelles informations manquent sur mes comptes ? », il devient possible de demander « quels acteurs de mon marché manquent dans mon CRM ? ».

Dans la santé, cette question est particulièrement puissante. Une entreprise ciblant une catégorie précise d’établissements peut comparer son référentiel commercial avec un univers externe construit à partir de sources publiques. Les écarts deviennent visibles. Certaines zones apparaissent correctement couvertes, d’autres sous-représentées. Certains comptes existent mais sont mal rattachés. Certains établissements n’ont jamais été créés.

On ne parle plus simplement de data quality. On parle de couverture commerciale du marché.

Construire un TAM, un SAM et un SOM à partir du marché réel

Les concepts de TAM, SAM et SOM sont largement utilisés dans les études de marché et les stratégies d’entreprise. Ils sont paradoxalement beaucoup moins présents dans le pilotage quotidien des territoires commerciaux.

Le TAM correspond au marché total théoriquement adressable. Le SAM resserre ce marché sur le périmètre réellement servi par l’offre, compte tenu des caractéristiques du produit, de la géographie ou du positionnement. Le SOM représente enfin la part effectivement accessible au regard des capacités commerciales, des priorités et des conditions concurrentielles.

Dans de nombreuses organisations, ces notions restent construites à partir d’études ponctuelles, de fichiers Excel ou d’hypothèses globales. Elles sont rarement connectées au CRM et encore moins au territory plan du commercial.

L’open data permet de rapprocher ces deux mondes.

Une entreprise vendant une solution destinée à certains établissements peut construire un univers théorique à partir de référentiels publics, appliquer des critères d’éligibilité correspondant à son offre, puis rapprocher cet univers de sa couverture CRM, de ses clients et de son pipeline. Le TAM cesse alors d’être uniquement un chiffre présenté dans un support stratégique. Il devient un ensemble d’acteurs identifiables. Le SAM peut être segmenté. Le SOM peut être travaillé territoire par territoire.

Cette évolution change profondément le dialogue entre direction commerciale et terrain. Au lieu de demander à un commercial de « développer sa zone », il devient possible de discuter d’un potentiel objectivé : combien d’acteurs cibles ? Quels segments ? Quelle couverture actuelle ? Quels comptes absents ? Quelle part du marché est déjà cliente ? Où se situent les zones blanches ? Quels sous-segments présentent la meilleure adéquation avec l’offre ?

La connaissance du territoire devient alors un véritable instrument de pilotage.

Améliorer la segmentation commerciale avec des critères propres à la santé

Les segmentations commerciales traditionnelles reposent souvent sur quelques variables génériques : chiffre d’affaires, effectif, secteur d’activité, taille du compte ou région. Ces critères sont utiles dans de nombreux marchés B2B. Ils montrent rapidement leurs limites dans la santé.

Un CHU, un centre hospitalier, une clinique privée, un établissement spécialisé et un acteur médico-social ne peuvent pas être analysés avec les mêmes variables. Au sein d’une même catégorie, les écarts d’activité, de capacité, de spécialisation ou d’organisation peuvent être considérables.

L’enrichissement par des données sectorielles permet de construire des segmentations plus proches de la réalité du marché. Selon l’offre commercialisée, un critère pertinent peut être le type d’établissement, son statut, certaines capacités, une autorisation d’activité, une spécialisation, un niveau d’activité ou la densité d’un environnement professionnel.

La segmentation cesse alors d’être une classification administrative. Elle devient une hypothèse commerciale.

C’est un changement important. Une bonne segmentation n’a pas vocation à décrire parfaitement le système de santé. Elle doit aider une équipe à mieux répartir son temps, adapter son approche et hiérarchiser ses efforts.

Passer d’une donnée disponible à une décision commerciale

C’est probablement le point central.

La France n’a pas un problème de rareté de la donnée publique en santé. Elle dispose au contraire d’un patrimoine exceptionnel, construit par des décennies de politiques publiques, de systèmes d’information, de référentiels et d’efforts d’ouverture. Le classement européen de la France en matière de maturité open data confirme la solidité de cet environnement.

La difficulté se situe dans le dernier kilomètre.

Entre un fichier FINESS et une priorité de prospection, il faut construire une logique. Entre une donnée d’activité et un potentiel commercial, il faut poser une hypothèse. Entre un référentiel public et un compte CRM, il faut établir une correspondance fiable. Entre un indicateur territorial et une action du commercial, il faut définir une règle de décision.

C’est précisément ce dernier kilomètre qui détermine la valeur réelle de l’open data pour une entreprise.

Chez Instedge, notre conviction est que le territory plan constitue l’un des meilleurs espaces pour réaliser cette jonction. Le CRM apporte la connaissance interne : les comptes, les interactions, les opportunités, les clients et l’historique commercial. L’open data apporte une connaissance externe du marché : les acteurs, les structures, les caractéristiques sectorielles et certains signaux territoriaux. Le territory plan permet de confronter les deux.

Cette confrontation fait apparaître ce qu’un CRM isolé montre difficilement : les zones blanches, les comptes absents, les territoires sous-couverts, les concentrations de potentiel, les écarts entre portefeuille et marché, les segments surreprésentés ou négligés.

Les CRM restent indispensables. Ils sont le socle du pilotage commercial moderne. Mais ils ne peuvent restituer que ce qu’ils contiennent, et ce qu’ils contiennent dépend de l’histoire de l’entreprise, des pratiques de saisie et de la connaissance accumulée par les équipes. Dans un marché aussi structuré, documenté et territorial que la santé française, se limiter à cette vision revient à renoncer à une partie considérable de l’information disponible.

L’open data permet d’élargir le champ de vision. Le territory plan permet de lui donner une traduction commerciale.

Et lorsqu’il s’agit de décider où concentrer une ressource aussi rare que le temps des équipes de vente, connaître son territoire constitue déjà une part importante de la bataille.


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